Un mardi après l'autre

samedi 30 mai 2015

Il y a eu le premier mardi.

Celui de la découverte, à essayer de retenir tous leurs prénoms. En vain.

A voir pour la première fois leurs regards qui cherchent, inquiets, en quête d’amour, en besoin d’attention. Et leurs sourires de contentement quand enfin ils nous trouvent.

Leurs mains avides qui agrippent nos doigts, entourent nos poignets, tirent un vêtement pour nous attirer près d’eux, nous emmener voir quelques chose. A voir la pauvreté de si près, sur leur visage, dans l’accro d’un vêtement, dans une semelle de chaussures qui ne tient plus, dans la maigreur d’une cheville ou d’un poignet.

La première fois aussi à entendre diverses langues se mélanger, comme une douce mélodie. Un peu de français, un peu d’afar, de somalien peut-être aussi. 

C’était la première fois aussi que je me prenais un flot d’émotions aussi important. Comme des centaines de vagues incontrôlables. Un tsunami. J’ai été inondé par leurs besoins d’amour, par le mien en retour. 


Puis, il y a eu le deuxième mardi. 

Complètement en solo face à eux. Une quinzaine de petits gosses, de 6 à 11 ans en attente de moi. Un peu de peinture sur 3 mètres de papier. Un peu sur les mains, aussi, sur leurs joues, un front, un bras. Avec eux, on se bat à coup de pinceaux.

Un peu de ballon aussi, à courir, se chamailler, se disputer le ballon. A tourner autour de moi, à tendre les bras pour être le premier à avoir le ballon que je tiens en otage bien trop haut. Quelques puzzles avec Cendrillon, Blanche Neige et Pinocchio. Je leur résume ces trois contes, en fouillant ma mémoire, pendant que nous assemblons les pièces. Entre deux, je lis une histoire, le Roi Lion, aux plus petits.

Je reçois des centaines de câlins, surtout de la part des filles. Elles interrompent leurs activités pour m’enlacer, elles me prennent la main juste comme ça, sans bouger. Les petits gars sont moins démonstratifs mais tout autant plein d’amour et de sourires.


Et vient le troisième mardi.

Je connais leurs prénoms, j’apprends leurs préférences. Ils sont moins nombreux cette fois, c’est plus facile pour leur accorder du temps à chacun. On joue avec les mots. On apprend à les lire, à reconnaitre les lettres, à les prononcer. Bateau, soleil, fleurs, maison, canard, rouge, bleu, lune, ours… On enchaîne et on s’entraine. Ils se débrouillent bien, se concentrent de toutes leurs forces. Certains sont plus rapides que d’autres et chacun avance à son rythme.

Je dissocie leurs caractères et je travaille différemment avec chacun. Iman a besoin qu’on soit près d’elle. Mariam n’aime pas partager il faut l’aider à jouer avec les autres. Acina aime qu’on la regarde et qu’on l’aide. Moussa préfère travailler dans son coin et me montrer après. Mohamed ne parle pas mais il comprend, avance doucement mais a toujours juste.

Encore quelques mardi et bientôt, ce sera l’été. Les grosses chaleurs commencent, et l’association sera fermée jusqu’en septembre. Et je redoute ces deux longs mois sans les voir. Sans savoir ce qu’ils font, où ils sont. Seront-il de nouveau là en septembre ? J’ai déjà pleins d’idées, pleins de projets pour eux.

En attendant, j’enchaîne les mardis. Je me délecte du temps passer avec eux.

Et chaque mardi soir, je rentre avec une part d’eux dans mon cœur, en attendant avec impatience le mardi prochain.


4 commentaires :

  1. Ton article m'a beaucoup touché, il est plein d'amour. Il a fait aussi resurgir en moi les souvenirs et les émotions de ce mois que j'ai passé aux Philippines dans un centre pour enfants des rues, pareil, le même besoin d'amour, d'attention, cette soif d'apprendre aussi et cette gaité, cette joie de vivre !

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    1. Oui une grande soif d'apprendre, tout à fait !!!! L'année prochaine à partir de septembre nous allons cadrer un peu plus nos ateliers afin de leur faire du soutien scolaire en français plus poussé !

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  2. C'est très beau. Ils ont de la chance ces enfants de t'avoir trouvée...

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