Le mal du pays

dimanche 14 février 2016

Je n'écrirai plus sur Djibouti

Je ne parlerai plus du soleil brûlant, du sable qui se faufile partout. De la mer chaude et salée.

Je ne verrais plus mes amies de l'association. Ni les adhérentes, ni les enfants. Je ne verrais plus Hawa. Et tous les autres. Et mes amies d'autour, le cercle social que j'avais réussit à me faire.

Je n'irai plus me balader, avec Doudou, sur le terrain vague derrière notre maison. Tien, je ne verrai plus cette maison, non plus. Ni la garderie de Doudou. Finalement, elle n'y fera pas son entrée en maternelle.

Je savais que le retour en France serait dur. J'ai lu des dizaines d'article à ce sujet, des centaines de témoignages d'anciens expatriés. Je me disais que, vu que je suis au courant, tout ira bien pour moi.

Et finalement, j'ai le mal du pays. Le mal d'un pays qui n'est pas le mien, et qui me manque tellement pourtant.

En France, je suis "chez moi". Nous ne vivons pas dans ma région, ni dans celle de mon homme. Nous découvrons une nouvelle région en fait. Mais la France, c'est notre pays, notre chez nous depuis toujours. Et pourtant je me sens étrangère.

J'ai perdu les habitudes françaises. Je ne sais plus faire les courses dans des grandes surfaces immenses, je me perds dans les rayons. Parce qu'en Afrique, en Algérie ou à Djibouti, il n'y en avait pas. Je suis stressée dans les ronds-points, avec toutes ces voitures, tous ces feux tricolores. Et toutes les démarches administratives à refaire, toutes les obligations.

Je me retrouve seule avec une Doudou en pleine crise des deux ans. Une Doudou qui, dès qu'elle entend un avion dans le ciel, me regarde et me dit "Bouti ??" pour Djibouti. Elle me parle d'Hawa, sa nounou. Et j'ai mal.

Parfois, je panique. Souvent, je me sens perdue. Je me demande ce que je fous là.

J'ai l'impression d'avoir été mise sur pause, de tourner en boucle, d'attendre quelque chose. Mais je ne sais pas ce que j'attends.

En fait, c'est le brouillard dans ma tête...

On dit que de quitter son pays, pour vivre dans un autre, ce n'est pas facile. Mais on dit aussi que de revenir ensuite dans son pays, c'est encore plus dur. Je comprenais un peu pourquoi, une question d'adaptation à refaire, d'habitudes à retrouver. Je comprenais mais c'est un peu flou comme idée quand même. Maintenant que je suis dedans, je comprends très bien les difficultés d'un retour en France.

Oui c'est dur. Non, ce n'est pas tout rose. Non, le confort d'un pays "développé" ne fait pas tout, et ne suffit pas. Ne me suffit pas. Oui, j'ai mal au coeur.

Et non, vraiment pas, non, je n'oublie pas Djibouti. Jamais.


8 commentaires :

  1. Sans savoir pourtant car je n'en ai pas fait l'expérience, j'ai l'impression de te comprendre. De comprendre comment Djibouti devait bien t'aller, et à ta petite Doudou aussi ! Petit à petit tu vas te réhabituer à la vie en France, parce que le cerveau des hommes est comme ça : il s'habitue un peu à tout ; mais tu garderas ce souvenir malgré tout en toi. Celui d'avoir été bien autrement, dans un autre pays, dans une autre culture, dans un autre confort, tout à fait différemment. Tu sais que la vie que tu mènes ici en France n'est pas absolue, que tu peux vivre d'une façon différente et que ça t'allait très bien.

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    1. Merci Céline, je vois que tu comprends bien ce que je ressens actuellement.

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  2. Comme je te comprends. Il y a des moments ou c'est dur, ou plein de choses nous manquent, surtout la avec ma fille qui ne cesse d'enchainer rhume grippe bronchite... j'ai hate que les beaux jours arrivent, ca boostera le moral!

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    1. Merci Fafa, je savais bien que tu comprendrais,sachant qu'on vit un retour en France en même temps.

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  3. Je suis très émue par ton témoignage, et bien que je n'aie jamais vécu cela, je partage ta détresse, et te soutiens du mieux possible.
    Ce ne doit pas être facile, le changement est radical, et si tu es partie ça n'était pas pour rien, et tu as eu l'occasion de construire quelque chose là bas.
    J'imagine qu'il faudra du temps pour créer à nouveau des habitudes, mettre à profit ici ce que tu as appris là bas, trouver un juste milieu qui coïncide avec ce que tu es devenue, ce que tu étais, et ce que vous pourriez vous devenir maintenant que vous êtes rentrés.
    Je suis sûre malgré tout que tu finiras par retrouver ta place et ton bonheur, et je te le souhaite de tout coeur.
    Bon courage et bonne continuation !

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    1. Merci beaucoup Camille, tes mots font du bien !

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  4. Tu as raison on n'oublie pas, on n'oublie jamais ... Et on se réhabitue par la force des choses, le "pli" revient car le quotidien l'emporte.
    Même de très nombreuses années après le pincement au cœur est présent quelquefois devant des photos ou un reportage, on se dit "ça a dû changer depuis le temps", ce ne sera plus pareil si j'y retourne ...
    Et on vit ailleurs car il faut bien avancer, surtout toi avec ta petite.
    Courage ça va aller :o)

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    1. Merci Nat ! C'est exactement ça. On se force, parce qu'il n'y a pas le choix, on va pas passer nos journées à pleurer sous la couette ! ;-)

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